Veolia, entre le succès et les affaires judiciaires

S’il faut se réjouir du succès enregistré par Veolia à l’étranger, le groupe français, spécialisé dans la gestion de l’eau et la valorisation des déchets, connait pourtant quelques déboires judiciaires, en Europe notamment.

La saleté ne fait pas peur à Veolia, dont le cœur de métier consiste justement à transformer les ordures en or. Le géant mondial de l’eau et de l’énergie annonçait d’ailleurs le 13 septembre dernier avoir remporté un contrat de 1 milliard de livres sterling (environ 1,18 milliard d’euros) pour construire et exploiter pendant trente ans une installation de valorisation des déchets dans le comté d’Hertfordshire, au nord de Londres.

L’unité traitera annuellement 350 000 tonnes de déchets « résiduels » – ceux qui ne peuvent être ni recyclés ni compostés – pour produire de l’énergie capable d’approvisionner l’équivalent de 69 000 foyers. Selon le groupe de services aux collectivités, ce projet permettra de créer plus de 300 emplois pendant la période de construction et quelque 40 emplois permanents après la mise en service de l’installation.

Le succès d’Hertfordshire vient s’ajouter à d’autres contrats signés récemment par le groupe français sur le sol britannique. Veolia va en effet gérer la collecte des ordures dans le quartier londonien de Camden au cours des huit prochaines années ; le contrat s’élève à 338 millions de livres (389 millions d’euros) et prendra effet à partir du 1er avril 2017. Mais ce n’est pas tout. Fin juillet, le groupe a remporté trois contrats (d’une valeur de 84 millions d’euros) pour la gestion des déchets de Londres et a également acquis des moyens de production situés dans l’est de Londres, lui permettant de maîtriser toute la chaîne logistique du recyclage des bouteilles en plastique.

Dessous de table

Tous ces succès font que la Grande-Bretagne est aujourd’hui « le plus important pays après la France » pour Veolia. Mais le géant français n’oublie pas le reste de l’Europe, bien que ses succès y soient plus mitigés. En charge du service d’eau et d’assainissement de la capitale roumaine, Bucarest, Veolia se retrouve depuis 2015 au cœur d’une affaire de corruption de grande ampleur. Des dirigeants de sa filiale locale, Apa Nova, sont accusés d’avoir versé des pots-de-vin en échange d’une augmentation du prix de l’eau acquitté par les habitants de Bucarest.

Selon EurActiv, le prix de l’eau aurait augmenté de 125 % dans la capitale roumaine depuis 2008, une progression seulement comparable à… la croissance des bénéfices réalisés par Veolia sur ce contrat. Deux Français, anciens cadres de Apa Nova, ont été mis en examen et inculpés pour évasion fiscale, blanchiment d’argent et violation de vie privée. Avec d’autres cadres roumains de l’entreprise, ils sont accusés de trafic d’influence auprès des élus de la capitale et d’avoir perçu des dessous de table d’un montant présumé d’un million d’euros.

Soutien politique illégal

Et puis il y a la Lituanie. Veolia a annoncé en janvier dernier avoir demandé un arbitrage international contre l’Etat balte, auquel il réclame plus de 100 millions d’euros d’indemnisation au titre d’un « traitement injuste et l’expropriation » de ses filiales. De son côté, l’Etat lituanien reproche à Veolia (via sa filiale Dalkia, elle-même divisée en deux branches) d’avoir pratiqué une politique injustifiée d’augmentation de tarifs depuis qu’elle a obtenu la gestion du système de chauffage de Vilnius, ainsi que de neuf autres municipalités lituaniennes. L’Etat balte a ainsi décidé de ne pas reconduire le contrat signé en 2002 pour 15 ans, ce que Veolia considère « injuste et discriminatoire ».

Pour Vilnius, l’augmentation excessive des tarifs n’a été possible que grâce au soutien illégal de certains hommes politiques dont a bénéficié la filiale locale de Veolia. Parmi eux, l’ancien maire de la capitale, Arturas Zuokas, qui est également soupçonné d’avoir touché de l’argent en 2002 afin d’attribuer le contrat à Dalkia.

Mais tout cela n’arrête pas Veolia, habituée à gérer les « affaires sales ». En juin 2012, la société française portait en effet plainte contre l’Egypte, pays qui avait décidé d’augmenter le salaire minimum de 400 à 700 livres par mois (de 41 à 72 euros). Une somme jugée inacceptable par la multinationale.
Cliquez

 

Mercredi 5 Octobre 2016
JEAN-LUC TOULY

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s