#Engie et les promesses « Green »! Hazelwood : quel avenir pour la centrale au charbon inavouable d’Engie en Australie ?

En Australie, Engie possède une centrale électrique au charbon, Hazelwood, qui figure parmi les plus polluantes au monde. La mine qui l’alimente a subi il y a deux ans un immense incendie, qui a ouvert les yeux des habitants sur l’impact environnemental et sanitaire de ces activités industrielles. La peur d’une fermeture abrupte de la mine et de la centrale, dans une région économiquement sinistrée, reste néanmoins la plus forte. Ayant eu à subir pendant des années les conséquences du charbon et du sous-investissement imposé par les propriétaires successifs de Hazelwood, les travailleurs et les riverains vont-ils se retrouver une nouvelle fois victimes, cette fois de la transition hors des énergies fossiles ?

Au premier regard, les grandes entreprises françaises de l’énergie font plutôt bonne figure en matière de climat. EDF et Engie ont toutes deux annoncé, à l’occasion de la Conférence climat de Paris, qu’elles abandonnaient tout nouveau projet dans le secteur du charbon, principale source de gaz à effet de serre au niveau mondial, pour rediriger leurs investissements vers des sources d’énergies plus vertes. Une bonne nouvelle, sans doute. Mais ce serait aller un peu vite en besogne que de croire la page du charbon définitivement tournée pour nos deux champions nationaux. D’abord, bien sûr, parce qu’ils possèdent encore plusieurs dizaines de centrales dans le monde, pour la plupart anciennes, fonctionnant avec ce combustible. Mais aussi parce que beaucoup dépend de la manière dont EDF et Engie effectuent, en pratique, leur « sortie » du charbon.

C’est ce qu’illustre l’histoire de la centrale électrique et de la mine adjacente de Hazelwood, dans l’État de Victoria en Australie, toutes deux propriétés d’Engie. Cette centrale au lignite, la forme la plus « sale » du charbon, figure parmi les plus polluantes au monde, tandis que la mine à ciel ouvert qui l’alimente a été le théâtre, début 2014, d’un gigantesque incendie, qui a duré 45 jours, et dont presque tout le monde s’accorde pour rendre responsable le sous-investissement imposé à Hazelwood par sa société mère. Engie est d’ailleurs aujourd’hui ciblée par plusieurs procédures judiciaires. Autrefois florissante, la petite ville voisine de Morwell, à environ 150 kilomètres de Melbourne, a vu sa situation économique et sociale se dégrader progressivement depuis la privatisation de Hazelwood, dans les années 1990. Mais si les habitants s’inquiètent de plus en plus des conséquences de la mine et de la centrale pour leur santé, cette préoccupation le dispute à une autre peur, plus immédiate : celle que les dirigeants d’Engie, à des dizaines de milliers de kilomètres, ne décident soudain de tout arrêter et de partir, en ne laissant derrière eux que des sommes dérisoires pour la réhabilitation du site et la reconversion des employés.

Ayant déjà souffert de la gestion purement financière des propriétaires successifs de Hazelwood, les travailleurs et les riverains craignent aujourd’hui les conséquences d’une nouvelle décision financière, de désinvestissement cette fois, parée des habits de la « transition énergétique ». Une histoire terrible et typique à la fois, comme il en existe des centaines dans le monde, partout où des communautés se sont soudées et ont prospéré autour de mines ou de centrales électriques, et où elles sont aujourd’hui confrontées à la perspective de voir s’évanouir définitivement ce qui avait fait leur richesse et leur identité.

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Inaugurées au tout début des années 1970, la centrale et la mine de Hazelwood sont situées au cœur de l’un des principaux gisements de lignite au monde, dans la vallée de Latrobe. « Ce sont des gisements faciles à exploiter, explique Nicholas Aberle de l’organisation écologiste Environment Victoria. Ils permettent de produire une électricité bon marché. » La vallée compte deux autres mines, celles de Loy Yang et de Yallourn, ainsi que trois autres centrales électriques, dont celle, moins ancienne, de Loy Yang B, dont Engie détient également 70%. Ce sont des acquisitions récentes pour le groupe français, qui les a récupérées en rachetant International Power en 2010-2012. Côté pile, la mine de Hazelwood, qui s’étend sur 3500 hectares, produit 15 millions de tonnes de charbon, tandis que la centrale, d’une capacité de 1542 MW, génère un quart des besoins en électricité de l’État de Victoria. Les deux sites emploient quelques centaines de personnes. Côté face, Hazelwood émet presque 16 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère chaque année – 2,8% des émissions totales de l’Australie. Comme le rappellent lesAmis de la terre, elle figure dans le peloton de tête des classements des centrales à charbon les plus polluantes et les plus inefficientes au monde. Sans parler de la dégradation de l’environnement local et de ses conséquences pour la santé : leur coût a été estimé à 900 millions de dollars australiens annuels (580 millions d’euros) par une étudecommanditée par Environment Victoria.

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