#Lydec > Sajid vous dit qu’il a fait de son mieux avec ses copains de la gestion déléguée! :) amusant non?

Gestion déléguée Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain Par Mohamed SAJID 

Beaucoup critiquent et admonestent

Gestion déléguée Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain Par Mohamed SAJID

Secrétaire général de l’Union constitutionnelle, et ancien maire de Casablanca

la gestion déléguée sans véritablement cerner l’approche pratique de ce mode de gestion des services urbains. A mon humble avis, la gestion déléguée n’est qu’un outil parmi d’autres. C’est plutôt son utilisation et le cadre dans lequel se déploie ce type de contrat qui prêtent au débat. D’ailleurs, il faut souligner que si le système de gestion déléguée perdure de par le monde, c’est bien parce qu’il existe des difficultés structurelles des villes à assumer des fonctions régaliennes d’intérêt général. J’ai eu, à cet effet, l’occasion de visiter plusieurs métropoles, sur plusieurs continents, qui ont adapté leur propre modèle de gestion déléguée, selon leurs contraintes et leur environnement propres. Et ces différents périples m’ont bien confirmé qu’il n’existe aucune règle générale ni recette miracle pour une gestion optimale des services publics urbains.
Mon double mandat de maire m’a permis de penser et ajuster l’ensemble des systèmes de gestion déléguée des services publics de la ville, au fur et à mesure de mon expérience sur le terrain. Avec toutes les difficultés rencontrées, cet exercice nécessite une force de patience de tous les instants et surtout le sens du pragmatisme. C’est pourquoi, à travers mon expérience et mon vécu, j’aimerais modestement éclairer nos concitoyens sur les véritables enjeux de la gestion déléguée et les défis que doivent relever les différentes équipes communales.
Premièrement, et c’est un secret de polichinelle, la gestion déléguée est une manière accélérée de déployer des projets et services structurants quand les finances de la ville ne le permettent pas. L’idée paraît simple: capitaliser sur les capacités d’investissement du privé. Or ce postulat nous plonge dans une illusion, éphémère, et vite rattrapée par la réalité. Jusqu’à aujourd’hui, nous avons produit l’effet inverse, et plus précisément dans la gestion des services de l’eau et d’électricité. Pour exemple, la ville de Casablanca, lors de son premier contrat de gestion déléguée en 1997, a, à mon sens, commis l’erreur de confondre investissement et exploitation. La ville a ainsi offert une renteau délégataire qui, en lieu et place d’inciter à l’investissement, le conforte dans sa position monopolistique. Celui-ci rechigne, je dirai presque légitimement, à investir. Je peux, à titre d’exemple, vous résumer le parcours du combattant que mes équipes, et moi-même, avons mené pour donner vie au projet de dépollution de toute la côte d’Aïn Sebaâ. Ce projet était essentiel à mes yeux. Les citoyens devaient impérativement se réapproprier ce lieu pour en faire un lieu de vie sociale, économique et culturelle. Il était inconcevable qu’une des parties les plus denses de Casablanca, avec près de 2  millions d’habitants, et plus de 20 km de côte maritime, demeure condamnée par la pollution des émissaires.
La réussite de ce projet fut ainsi le résultat de stratégies, constamment renouvelées, face à un délégataire très réticent à investir, et présentant des arguments solides. Estimé initialement par la Lydec à 2,8 milliards de DH, nous avons réussi, à travers la mise en concurrence, et le dialogue compétitif, à réduire les coûts du projet à 1,3 milliard de DH. Cette réussite a nécessité une abnégation sans commune mesure, et une mobilisation des ressources et des réseaux d’influence à tous les échelons des pouvoirs publics.
A travers cette expérience, j’ai compris que la ville devenait tributaire des informations dont dispose le délégataire. Celui-ci peut alors, dans certains cas, avoir intérêt à cacher ses coûts et à surfacturer pour augmenter la rente accordée. On retrouve ici un des effets pervers de la gestion déléguée: la rente informationnelle.
Deuxièmement, les délégataires sont généralement armés de compétences juridiques largement supérieures à celles des collectivités locales, et c’est bien dommageable! Ce déséquilibre place les entreprises dans une position de force qu’elles mettent à profit au moment de toute négociation. Dans ce sens, dès mon élection en tant que maire de la ville de Casablanca, en 2003, j’ai pris conscience de la difficulté qu’aurait la ville à traiter avec un délégataire des services d’eau et d’électricité lié contractuellement à la ville depuis 1997, pour une durée de 30 ans! Ce contrat, quasiment à durée indéterminée, a structurellement déséquilibré les relations délégant/délégataire. Le citoyen doit pouvoir bénéficier d’un droit de regard, et de la liberté de changer d’opérateur, lorsque celui-ci s’avère inadapté ou inefficace. C’est pourquoi, lors de mon mandat, j’ai pris le soin de corriger cette hérésie juridique, en ajustant les contrats de gestion déléguée des opérateurs de collecte des déchets (qui est passée de 10 ans à 7 ans), mais surtout en négociant, dans le cadre du projet du tramway, un contrat d’exploitation (et uniquement d’exploitation) n’excédant pas cinq ans.
Enfin, un des autres sujets-clés repose sur la relation qui se crée entre la ville, le délégataire et l’usager. Il est inutile de revenir sur les incidents d’Amendis à Tanger, mais la multiplicité des acteurs rend complexe la gestion de la relation avec les citoyens qui ne comprennent pas ou ne perçoivent pas d’un bon œil cette dilution des responsabilités entre les élus, les agents des communes, les autorités et les délégataires. Il devient difficile de tracer une frontière entre le citoyen administré par la ville, qui souhaite maintenir une proximité avec ce dernier, alors que l’opérateur privé souhaite transformer l’usager en véritable client. Le Maroc a fait le choix de déléguer ses services à des groupes internationaux globaux, souvent présents sur toute la chaîne des services urbains et qui les conduit inexorablement à assurer des prérogatives de puissance publique. On peut ainsi se retrouver dans une situation où le délégataire déroge à certains principes d’intérêt général, en profitant de son statut monopolistique. Mais de la même manière, certains élus n’hésitent pas à utiliser l’usager comme un outil de pression et de négociation avec les délégataires, et souvent dans un jeu politicien malsain. Au final, l’intérêt général se retrouve otage de plusieurs acteurs dont les responsabilités sont très peu lisibles pour le citoyen.
Dans ce sens, j’ai fait du modèle des Sociétés de développement local un de mes principaux combats, avec comme seule finalité: l’efficience de la gouvernance locale; dès lors que la création de structures agiles, compétentes et dotées d’outils de contrôle solides permettrait de juguler la mainmise des groupes internationaux sur les services de la ville, mais également de refréner le jeu politique dans des domaines dédiés avant tout au bien-être du citoyen.
Finalement, nous devons absolument composer avec les forces et faiblesses du système de gestion déléguée, en gardant à l’esprit que l’intérêt du citoyen ne peut être garanti à travers une guerre permanente entre deux supposés ennemis (délégant/délégataire), mais à travers l’expérience, la raison et la persévérance des hommes.

Jeu de Go

Très sensible à la culture asiatique, et à leur sens du pragmatisme, je m’amuse souvent à comparer le système de gestion déléguée à un jeu chinois très populaire: le jeu de Go, caractérisé par la simplicité de ses règles et sa grande richesse combinatoire et sa profondeur stratégique, contrairement aux échecs, calqués sur une vision binaire du monde, et qui repose sur des règles plus tactiques et visant la destruction de l’adversaire. Autrement dit, la gestion déléguée doit avant tout reposer sur la recherche permanente du win-win, dans l’intérêt de la collectivité. Et c’est sur ce point précis où il est possible de réinventer une philosophie qui puisse marier deux mondes et construire un modèle innovant et favorable aux Partenariats publics privés.

– See more at: http://www.leconomiste.com/article/982537-gestion-delegueene-pas-jeter-le-bebe-avec-l-eau-du-bainpar-mohamed-sajid#sthash.QqiG6DRt.dpuf

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s